Exposition Murano - Fragile, musée Maillol, Vittorio Zecchin, coupes libellule 4

Transparents ou colorés, torsadés ou craquelés, filigranés ou émaillés, élancés ou arrondis, les verres de Murano se sont déclinés sous toutes les formes depuis plus de sept siècles. L'exposition "FRAGILE, Murano, chefs-d'œuvre de verre de la Renaissance au XXIe siècle" au musée Maillol à Paris présente tout au long d'un parcours chronologique, un échantillon de ces objets d'art si précieux sortis des fours de la petite île de Murano. A travers l'exposition de plus de 200 pièces d'exception de toutes époques, cet événement est l'occasion de découvrir les chefs d’œuvre de l'art du verre de Murano de la renaissance à nos jours ainsi que la qualité du patrimoine artistique de Venise.

Historique du verre de Murano en quelques mots :

En 1291, un décret interdisait aux maîtres verriers vénitiens de quitter le territoire de la Sérénissime sous peine de confiscation de leurs biens et les obligeait à installer leurs fours à Murano, petite île au nord de la lagune de Venise. Dans ce lieu insulaire reculé, l'activité des ateliers verriers s'intensifia au point de devenir la deuxième ressource économique de la République après le commerce maritime. Les artisans verriers s'inspirèrent dans un premier temps des techniques venues du monde islamique. Flacons, bouteilles et lampes à huile orientales ornaient alors de nombreux intérieurs vénitiens.

 Au milieu du XVème siècle, le maître verrier vénitien Angelo Barovier (1405-1460), invente le cristal vénitien, verre à la transparence que nous lui connaissons aujourd'hui et la grande aventure du verre de Murano commence alors. Il souffle un verre si pur que ses contemporains lui donnent le nom de "cristallo" en référence à sa ressemblance parfaite au cristal de roche. Il met également au point le "lattimo", un verre blanc si opaque qu'on le confond avec la porcelaine venue de Chine (dont on ne connaît pas encore en Occident le secret de fabrication). Il réalise aussi un verre calcédoine aux reflets bruns et ambrés chatoyants. L'utilisation de différents oxydes colorés (le bleu cobalt, le violet améthyste ou le vert émeraude) procure à ses créations beaucoup de cachet. Le verre connaît alors un succès sans précédent auprès des cours européennes. Anne de Bretagne, Marguerite d'Autriche, Charles Quint et les grandes familles allemandes commandent des services entiers pour leurs banquets. En Italie, les Gonzague de Mantoue, les Médicis de Florence et les Este de Ferrare en sont les plus friands. Hercule Ier d'Este est un des tous premiers à posséder, dès 1465, les verres émaillés et armoriés célébrés pour leur grand raffinement. L'Europe est prise d'un véritable engouement pour ces verreries précieuses : Papes, rois et princes collectionnent les calices encore gothique, les coupes d'inspiration chinoise, les cruches et flacons au goût islamique ou encore les verres colorés et armoriés. A cette époque, les secrets de fabrication des objets en verre ne font que renforcer leur attrait et leur mystère.

Au XVI ème siècle, la variété des formes est d'une grande liberté mais le plus souvent dictée par la sobriété classique qui domine alors les arts et l'architecture. La manipulation du verre incandescent par le verrier reprend ses droits sur la peinture émaillée pour explorer le monde des formes et des matières. Parmi ces nouveautés, le verre filigrané, une technique antique renouvelée pour obtenir des effets chromatiques spectaculaires ou encore le verre craquelé soumis au choc thermique dans l'eau froide. La gravure à la pointe de diamant permet  de graver finement le verre soufflé ou les miroirs de motifs ornementaux, de scènes figuratives ou d'armoiries.

Au XVIIème siècle, la suprématie de Venise reste entière malgré la concurrence européenne. La nouvelle esthétique baroque autorise toutes les bizarreries et la fantaisie la plus débridée. Le verre peut imiter tous les autres matériaux. Fligrane, craquelé et gravure à la pointe de diamant sont appliqués à des formes tourmentées, parfois naturalistes pour imiter fleurs, insectes et oiseaux. La mode du chocolat et du café est à l'origine de la production d'objets spécifiquement destinés à leur dégustation.

Au XVIII ème, les formes se diversifient avec des lampes en cristal zoomorphes, des vases et des calices dont e anses et les tiges s'ornent de fleurs polychromes, des verres rouges rubis agrémentés d'or. Le verre opaque se pare de peinture émaillée pour feindre la porcelaine.

En 1797, Bonaparte met fin à la République et Venise perd son indépendance. Française puis autrichienne, elle devient italienne et 1866. La décadence est consommée et naît alors le mythe de la ville romantique. Le verre de Bohême envahit les demeures vénitiennes et le déclin touche profondément les ateliers des verriers. L'occupant autrichien taxe lourdement les verriers de Murano qui peinent à exporter des verreries de luxe et qui survivent avec la production de perles (certaines destinées au marché africain pour y servir de monnaie). Malgré la crise, l'avocat Salviati investit le palais Barbarigo à Venise pour y établir une verrerie florissante. A la fin du siècle, une production nouvelle s'inspire aussi des tendances Art nouveau et attire une clientèle de touristes fortunés.

Au début du XXème siècle, Murano campe sur ses postions nostalgiques. Ce n'est qu'après la seconde guerre mondiale que se produit à Venise la révolution stylistique qui va donner un rôle de premier plan au designer et aux artistes modernes. Ce retour à la simplicité des formes, qui renoue avec l'élégance classique, est inauguré par Vittorio Venini & Cie, précurseur par ses innovations dans les formes et les couleurs. A la fin des années 1920, la collaboration de l'architecte Carlo Scarpa avec la verrerie Venini est déterminante. Au lendemain de la guerre, avec le développement de la production industrielle du design, Murano, grâce aux designers et aux artistes qu'elle attire, connaît une période faste. En 1953, Egidio Costantini fonde à Venise le Crentro Studio Pittori Arte del Vetro, qui avait pour mission d'initier les artistes au verre, aux méthodes de fabrication des fours de Murano, afin de créer des oeuvres d'art uniques. Le centre put se prévaloir de la collaboration d'artistes tels que Fontana, Jean Arp et Jean Cocteau, lequel le rebaptisa "Forge des Anges". Aujourd'hui, grand nombre de verreries d'art sont en expansion et produisent des objets de grande qualité tout en adoptant un style rafraichi le plus souvent avec l'aide d'artistes contemporains.

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol 1

Catalogue de l'exposition Fragile Murano au musée Maillol.

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol

Ice virux, Maria Gracia Rosi, 2000.

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol, Miroir avec feuilles en verre girasol, Antonio Salviati 1,1

Miroir avec feuilles en verres girasol, vers 1880, Antonio Salviati.

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol, Théière, Ettore Sottsass 3

Théière, Ettore sollsass, 1999.

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol Vittorio Zecchin, coupes libellule 4,1

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol, Vittorio Zecchin, coupes libellule 4

Coupes libellules, Vittorio Zecchin pour Veteria Cappellin Venini & C. Venise, 1921, réalisation, 1925.

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol, Umberto Bellotto, Soffiato Rosso 5

Soffiato Rosso, Umberto Belloto vers 1920.

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol 6

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol, vase veronese 7

 Vase "Véronése".

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol 8

Vase "Véronése".

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol, Laura de Santillana, Biro 9

Biro, Laura de Santillana, 1982-1983.

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol, César, Compression Coca Cola 10

Compresion Coca-Cola, César, 1992 Bouteilles en verre de Coca Cola.

Exposition Murano - Fragile, musée Maillol, Lustre Rezzonico, antiquités Philippe Lachaux 11

Lustre dit "Rezzonico", début XXème siècle.

Exposition Fragile Murano - Chefs d’œuvre de verre de la renaissance au XXI ème siècle

  • Musée Maillol, 59 - 61 rue de Grenelle - 75007 Paris
  • 27 mars > 28 juillet 2013
  • Plein tarif : 11 euros

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