Michelin Di Matteo Lambertini, Le rêve de la Vierge, la renaissance et le reve Musee du Luxembourg

Le musée du Luxembourg propose jusqu'au 26 janvier 2014 une exposition thématique sur le rêve et le songe. Que représentent-ils ? Le rêve est bien antérieur à notre conception actuelle et est étroitement lié au mélange Art, Religion et Héroïsme. Pour les philosophes, les théologiens, les médecins et les poètes de la renaissance, en rêvant, l'homme s'évade des contraintes de son corps et peut entrer en relation avec les puissances de l'au-delà, divines ou maléfiques. Loin des questionnements d'aujourd'hui marqués par la psychanalyse et renseignée par les neurosciences, cette conception fascine les artistes du XVème et XVIème siècle. Comment représenter l'irreprésentable ? Le visiteur part à la rencontre d'illustres rêveur : rois et reines, héros mythologiques et figures bibliques, car, sauf exception, les artistes ne peignent pas leurs propres rêves. Ils représentent ceux des autres ou ceux qu'ils pourraient avoir. Tous se heurtent au même défi : Comment représenter le rêve, comment représenter l'apparition et non l'apparence ? Comment représenter l'irreprésentable ?

Les expositions sur la renaissance sont, on peut le dire, les blockbusters des musées : Le succès est toujours assuré. Cependant, je dois noter que cette expositions est particulièrement bien ficelée et bien présentée. Réunissant près de 80 oeuvres d'artistes de la renaissances tel que Jérôme Bosh, Véronèse, Durer ou Le Corrège, cette exposition permet de découvrir l'âge d'or de la représentation du rêve et invite chacun à laisser libre cours à son imagination et à s'abandonner aux troublantes images du rêve. Le visiteur succombe à la rêverie en cette nuit qui, loin d'être une seule absence de jour, redistribue les formes, appelle d'autres couleurs et crée une autre lumière.

Lavina Fontana (1552-1614). Sainte Famille avec L'Enfant endormi, Saint Jean et Sainte Élisabeth, 1591. Exposition La renaissance et le rêve, musée du Luxembourg, Paris

Lavina Fontana (1552-1614). Sainte Famille avec L'Enfant endormi, Saint Jean et Sainte  Élisabeth, 1591. Huile sur cuivre. Le sommeil est ici évocateur de la mort. Les draps et le voile qui effleurent la peau préfigurent le linceul. 

Andrea Sansovino (1467-1529). Allégorie du Sommeil ou de la mort ; Le char du Soleil ou de l'Âme, 1490. La renaissance et le rêve, musée du Luxembourg, Paris

Andrea Sansovino (1467-1529). Allégorie du Sommeil ou de la mort ; Le char du Soleil ou de l'Âme, 1490. Terre cuite vernissée. 

Paris Bordone (1500-1571). Vénus endormie et Cupidon, 1540, peinture sur toile. La renaissance et le rêve, musée du Luxembourg

Paris Bordone (1500-1571). Vénus endormie et Cupidon, 1540, peinture sur toile.  

Peter Coecke Van Aelst (1502-1550). Le Songe de Pâris, vers 1535, huile sur bois

Peter Coecke Van Aelst (1502-1550). Le Songe de Pâris, vers 1535, huile sur bois. Paris musée du Louvre. Pâris, en armure, est endormi sous un arbre. À ses côtés se trouve Mercure. Chaque déesse est accompagnée de son attribut iconographique : le paon pour Junon, l'épée et le casque pour Minerve, Cupidon et les flèches pour Vénus). L'épisode du jugement de Pâris, porteur de tragiques conséquences, est ici confiné dans le domaine du songe (iconographie surtout nordique). 

Hans Daucher (1485-1569). Le Songe de Pâris, 1529, bas-relief en pierre

Hans Daucher (1485-1569). Le Songe de Pâris, 1529, bas-relief en pierre. Dans cette version, c'est dans la dimension onirique qu'apparaissent les trois déesses entre lesquels ils doit choisir Et la pomme d'or, prix du concours, est placée sur le sol, près d'un chien, symbole de fidélité. 

Michelin Di Matteo Lambertini, Le rêve de la Vierge, la renaissance et le reve Musee du Luxembourg

Michelin Di Matteo Lambertini (15ème siecle). Le rêve de la Vierge, 1440, tempera sur bois. Peintre du gothique tardif, l'artiste illustre ici le lien doctrinal entre l'Arbre du péché original et la croix de la Rédemption : celle-ci, selon une très ancienne tradition, serait faite du même bois. Marie endormie voit en rêve la synthèse entre le Chute et le Salut. 

Anonyme allemand, XVIème siècle. Le Cauchemar, vers 1580

Anonyme allemand, XVIème siècle. Le Cauchemar, vers 1580. Carton avec rehauts d'or. La pose du dormeur rappelle celle d'un paysan de Pieter Bruegel tandis que des êtres hybrides évoquent Bosch. Le terme désignant en diverses langues le cauchemar, incubo, appartenait au registre de la sorcellerie.  

Juan Ier Bruegel dit Jan de velours (1568-1625) et Hans Rottenhammer (1564-1625). Le Rêve de Raphaël ou Allégorie de la vie humaine,

Juan Ier Bruegel dit Jan de  velours (1568-1625) et Hans Rottenhammer (1564-1625). Le Rêve de Raphaël ou Allégorie de la vie humaine, 1595, peinture sur cuivre. Toronto. Leur interprétation du rêve est à la fois fantastique et naturiste. Des iris, des rosiers sauvages, des anémones, des narcisses et des lys surgissent du bord du Léthé, le fleuve de l'oubli et du sommeil. L'homme n'entend pas l'appel qui lui est lancé depuis la rive fleurie. Il reste absorbé dans la ténébreuse atmosphère de la grotte, désignée par l'inscription comme "siège du malheur éternel". 

Jacopo Zucchi (1541-1596). Amour et Psyché, 1589, La renaissance et le rêve, musée du Luxembourg

Jacopo Zucchi (1541-1596). Amour et Psyché, 1589, huile sur toile. 

Hieronymus Bosch (1453-1516). Visions de l'Au-delà : le paradis terrestre (a), La Montée des bienheureux vers l'empyrée (b), La Chutte des damnés (c), L'Enfer (d). 1505-1510, huile sur bois. Venise. Ces 4 panneaux, appartiendraient au même ensemble, dont la partie centrale aurait disparue. Chacun renvoie precisement à La Vision de Tondal de Marcus de Cashel.   Dans ses œuvres, les monstres de Bosch sont des apparitions, des phantasmata, qui se présentent à des hommes dont la raison est suspendue  pendant le sommeil. Il s'agit bien de représentations oniriques. 

Monogrammiste IS,Vision apocalyptique, 1595

Monogrammiste IS,Vision apocalyptique, 1595, huile sur bois. Venise. Bien que les monstres et les démons puissent rappeler Bosch, le propos est ici différent. Malgré leur caractère grotesque, les scènes représentées évoquent la Babylone impénitente sur laquelle se déchaîne les tourments, qui d'après l'Apocalypse, précédent le Jugement dernier. 

Monogrammiste IS,Vision apocalyptique, 1595, huile sur bois. Venise. Détail  

Monogrammiste IS,Vision apocalyptique, 1595, huile sur bois. Venise. Détail 

Monogrammiste IS,Vision apocalyptique, 1595, huile sur bois. Venise. Détail

Monogrammiste IS,Vision apocalyptique, 1595, huile sur bois. Venise. Détail 

Exposition la renaissance et le rêve - Paris

  • Musée du Luxembourg. 19 rue de Vaugirard - 75006 Paris
  • 9 octobre 2013 > 26 janvier 2014
  • Plein tarif : 11 euros

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